Enemy / Denis Villeneuve / 2014

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Après que David Fincher nous a définitivement dégoûté des femmes avec Gone Girl, Denis Villeneuve, le québécois qui monte, qui monte, en remet une couche dans une toile d’araignée filmique en forme de puzzle chitineux. Quitte à nous éloigner toujours plus inexorablement de la race femelle.

Pauvre Denis. En plus de supporter, comme la plupart de ses compatriotes, un patronyme tout droit sorti de la paysannerie berrichonne du XIIème siècle (à l’instar de l’excellent Marc-André Grondin), il a systématiquement affaire aux critiques les plus injustes. Incendies, trop polémique. Prisoners, apologie de la vengeance personnelle et violence trop complaisante. Enemy, enfin, serait abscons, mysogine et creux. Comme ces films se reposant sur un pitch et brodant tant bien que mal pour entrer dans la catégorie « long-métrage », soit quatre-vingt dix huit pour cent des productions habituelles (chiffre non officiel, c’est sans doute plus).enemy

Foutons, une fois n’est pas coutume, les pieds dans le plat: Villeneuve essuie les plâtres des médiocres. La maladie est répandue, certes, elle en est même à un stade endémique, mais Denis a le nez propre. Il n’insuffle pas au film une étrangeté de façade, comme l’a fait et le fera encore David Lynch. Il ne brode pas un « scénario puzzle » dont le seul intérêt serait de perdre le spectateur dans l’espoir de passer pour plus malin que lui. Non, Villeneuve nous propose simplement une double séance.

La première séance est douloureuse. Vous êtes happé par le (double) jeu de Jake Gyllenhall, intrigué et révulsé par les rêves et cauchemars de son personnage; vous vous surprenez à vous agacer du jeu mortifère des acteurs, lui effondré par… on ne sait quoi, Sarah Gadon au comble de la dépression face au sosie de son mari acteur, lui même (le second Jake Gyllenhall, suivez un peu), surexcité et tendu, dégageant une dangerosité étrange. Et puis le final, abrupt, surréaliste, volontairement comique et répugnant à la fois, et là vous vous dites… « Pardon? »

Enemy-2804Et puis vous y retournez… Tout ça pour ça? Et puis… Tiens vous n’aviez pas vu ça la première fois… Ah! Les lunettes, ça doit vouloir dire quelque chose… Et si elle réagissait comme ça parce que… Et ce qu’il dit là, la phrase qui n’a aucun sens, est ce que par hasard?… Et vous comprenez, et tout est logique, tout ce qui apparaissait déprimant devient… excitant; enfin cette fin terrible, drôle et désespérée, inscrite au génie sur le visage de Gyllenhall. Même le générique de fin, la première fois reçu comme une insulte, accompagne votre rire jaune jusqu’au chinois d’à côté, brochettes de porc au gingembre et tout le temps pour y repenser.

La femme, cette araignée; une araignée de béton: Toronto. Les hommes prisonniers de leurs propres toiles. Mélanie Laurent à poil.

Bref un bien beau film bien fin-finaud qui tape dans le fond, tabernacle.

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3 Commentaires

  1. A ce sujet, voilà une super vidéo du Fossoyeur de Film qui apporte de bonnes pistes pour comprendre Enemy, si le troisième visionnage ne donne toujours rien : https://www.youtube.com/watch?v=CdNr61_lROE .

    • Merci pour tes retours! En effet pour Enemy, j’ai fini par capter le principe, le premier visionnage n’étant pas suffisant. Un poil en dessous de prisoners je trouve. En revanche Idris Elba en 007 je valide bien, je ne sais pas si tu as vu no good deed, il est absolument impressionnant dedans. Longue vie à ton blog, la bise.

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