A scanner Darkly / Richard Linklater / 2006

A_Scanner_Darkly___Wallpaper_by_pocketpins

« Sautez dans l’urinoir pour y chercher de l’or.
Je suis vivant et vous êtes morts. »

Imaginez-vous dans les Etats-Unis des toutes jeunes années 60. Vous paressez devant la véranda, comme tous les jours. Vous la voyez partir, chaque matin, alors que vous, dans votre peignoir, restez à la maison, cette petite maison bien rangée, épiée de toutes parts. Vos putain de voisins sont bien curieux, ça oui. Ils n’ont rien d’autre à faire que de vous regarder, à intervalles réguliers, méthodiquement; ils baissent les yeux pour vous juger, bien sur. Ils n’ont pas encore tous une télévision en perpétuel vomissement d’émotions cheap et de sports. Peut-être aujourd’hui écrirez vous quelques lignes, une page ou deux, par miracle. Alors vous en avalez deux, et c’est parti, la nuit en plein jour, le soleil noir, et tout vous vient…

a-scanner-darkly-4fdbcfdbcb392L’axe a gagné la guerre, le monde est tombé sous le joug nazi; on dit qu’un écrivain garderait, dans un secret quasi-parfait, un livre, qui raconterait un autre monde, un monde où les Alliés auraient gagné, un monde libre…

Vous l’avez, votre histoire. Qu’ils aillent se faire foutre, ces curieux. Et elle aussi, avec son esprit tortueux… Vous, bon à rien? Vous savez au fond de vous qu’elle veut votre mort. Elle ignore seulement que la mort n’existe pas, que nous sommes tous morts et vivants à la fois…

Le maître du Haut Château est un succès qui n’arrange rien. Votre troisième femme fout le camp, comme les autres, après avoir silencieusement renoncé à vous tuer, et vous êtes seul. Ils ont éliminé Kennedy, abattu Luther King, et les gamins, à dix mille kilomètres de vous courent dans la jungle et tombent sous les balles. Mais les drogues sont un bon remède, et les jeunes passant votre porte sont sympas. On appelle ça le mouvement « hippie », ils ont les cheveux longs et sont toujours à l’oeuvre pour se défoncer, entre deux missions pathétiques à la supérette du coin, où un cochon de flic garde un doigt sur la gâchette, au cas où l’un d’entre eux se transforme en zombie dégénéré. Ce que vous devenez, parfois, en fonction des dosages.

2006-A-Scanner-Darkly-030Quelques années plus tard, vous êtes toujours vivant – et toujours bien mort à la fois. L’hôpital, les sevrages, les drogués passés de l’autre côté de la barrière et qui ne reviendront pas, ceux qui se pensent couverts de parasites, qu’une douche ou une bouteille d’insecticide ne peut vaincre, ceux qui ne savent plus vraiment qui ils sont, enfin seulement par intermittence, ceux qui aboient et tentent désespérément de se lécher le troufion… Tout ça, vous le racontez, ça et les médecins, l’expérimentation humaine, les flics sans conscience, les labyrinthes administratifs, tout ça, vous le couchez sur le papier.

Bob Arctor, toxicomane notoire, est chargé par la police, dans le cadre de sa coopération avec les autorités, de se surveiller lui-même…

Tout y est, jusqu’à la compréhension d’une vérité cruelle: le seul ennemi est la paranoïa! Rien, dans le récit, aucun événement ne présente réellement de danger. Tout est flottant, comme dans un rêve, tout est factice. A se demander si le monde réel décrit dans A Scanner Darkly n’est pas plus absurde que l’univers d’Ubik, où les frontières de la vie et de la mort, de la réalité et du virtuel s’effondrent.

« Je vais consulter ma défunte femme, » déclara Runciter .

A_Scanner_DarklyTout ça pour dire, en substance, que du Philip K. Dick, ça se lit. Mais pas pour le style ou la belle lettre. Et quand vous l’aurez lu, vous reverrez les films adaptés du produit de son génial cerveau malade. Et vous comprendrez que toutes ces adaptations, au demeurant sympathiques, I Robot, Paycheck, Total Recall, Planète Hurlante, Minority Report… sont en réalité la démonstration de comment fabriquer de la merde avec des diamants. Seul Blade Runner touche du doigt la grâce K. Dickienne, sombre, complexe et poétique.

A Scanner Darkly? Pas mal.

Alors si vous le voulez bien, calez vous bien au fond du canapé ou de votre bon lit douillet, et répétez en boucle jusqu’à ce que le sens s’impose à vous:

« Sautez dans l’urinoir pour y chercher de l’or.
Je suis vivant et vous êtes morts… »

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Un commentaire

  1. C’est en effet un film à part…

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