Nymphomaniac / Lars Von Trier / 2013

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Lars Von Trier et le cul. Deux concepts aussi parfaitement éloignés que Benjamin Castaldi et la culture.

Mais si l’idée de ce dernier planchant sur une analyse déstructuraliste du système philosophique d’Emmanuel Kant restera à jamais une idée saugrenue, le danois au mobile home, lui, ose tout. Dans sa misanthropie frénétique sans limite, Von Trier  s’attaque à un domaine qui lui est fondamentalement étranger: la baise.

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Nous n’attendions pas de lui qu’il nous parle d’amour. Et ça tombe bien, jamais dans le diptyque de plus de quatre heures il n’en sera question. Mais qu’avait encore à dire le danois fou après la pluie de bites coupées d’Antichrist? La superbe mais très empruntée Charlotte Gainsbourg rempile pour un grand huit intense, très violent et amèrement sexué. Pas la moindre excitation, ni pour son personnage, ni pour le spectateur. Seulement la souffrance et la recherche de la souffrance.

Comme à l’accoutumée, nous voilà piégés dans une toile à l’architecture parfaite. Froide et meurtrière. On en vient à espérer et à redouter les scènes de sexe comme les meurtres graphiques des anciens giallos. Gainsbourg va vers l’auto-destruction, comme aveuglée par des phares en pleine nuit. Et nous, impuissants, reconnaissons la folie de la détermination. Battre des ailes frénétiquement, plonger sans choix possible vers la source de lumière, seul chemin possible. Et cramer. Disparaître.

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Ce qui évidemment peine à répondre à la question d’un jadis célèbre chansonnier perpignanais: « c’est quand le bonheur? » Après avoir fait le tour de la filmographie de l’auteur, on pourra lui répondre sans trembler du menton: « JAMAIS! ». On pourrait ajouter un « ta gueule » de circonstance, si la carrière de ce sémillant militant ségoléniste n’était pas déjà morte et enterrée, pour le bonheur de tous les mélomanes de France. Pour la Navarre, aucune idée. Suggérons un référendum.

Du cul, donc, il y en a. A tous ceux que ça choque, ceux qui considèrent que le sujet n’est pas digne du cinéma d’auteur, toujours si élevé dans ses considérations (qui a dit Kechiche?), rappelons quelques faits statistiques. Le mot le plus recherché sur Google en 2014 est « youporn ». Le mot le plus recherché sur Youporn est « blowjob ». Le mot le plus twitté, quant à lui, est « Sarkozy », ce qui finit de nous démontrer, et avec quelle exactitude, que l’activité principale de l’humanité, une fois le frigo rempli, est bel et bien de reluquer des trous du cul à longeur de nuit, en attendant la retraite ou le chômage pour pouvoir le faire également de jour.

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Saluons Lars Von Trier, le tourmenteur de ces dames, maître absolu de l’anti-romantisme nordique. Vous conviendrez que faire Copenhague / Cannes en camping-car, déclarer comprendre Adolphe Hitler, voire passer, de fait, la Palme d’Or sous son nez chafouin et repartir au pays gros-jean comme devant, ça ne manque pas de panache. Tout comme la question d’Inge, sa femme, à son retour:

« Lars, min kaereste (mon chéri en danois), c’est quand le bonheur? »


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Un commentaire

  1. regardscritiquesho22

    Je me sens un peu seul ces temps-ci, mais je persiste et je signe: je suis un admirateur de Lars von Trier! Après avoir vu « Nymphomaniac 1 », je me suis précipité pour voir « Nymphomaniac 2 », bien conscient que le film n’allait pas encombrer l’écran pendant bien longtemps.
    Je viens de relire ce que j’avais écrit pour « Nymphomaniac 1 » et je risque bien de me répéter: tout était dit pour la première partie, et la deuxième confirme tout le bien que l’on peut penser de la première! Un regret toutefois: il est bien évident que ce film est conçu pour être vu en une seule fois et j’espère bien qu’on aura l’occasion de voir la version complète, non censurée, le « final cut », si, du moins, cela ne reste pas une hypothèse d’école… Je suis déjà prêt à réserver ma place.
    Cette deuxième partie est le prolongement de la première, la cassure en deux parties est tout ce qu’il y a d’artificiel, l’on retrouve ici Charlotte Gainsbourg continuant sa narration, cette psychanalyse qui ira jusqu’au bout. Les thèmes sont évidemment les mêmes, ou plutôt le thème est évidemment le même: la place de la sexualité, de l’amour physique, de la recherche du plaisir dans la vie de l’être humain, ici particulièrement de la femme. A ce sujet, les reproches faits à Lars von Trier ne manquent pas de piquant. Qui reprocherait à Stanley Kubrick d’avoir fait « Eyes Wide Shut » ou à Nagisa Oshima d’avoir fait « L’Empire des sens »? Il faut dire et redire que « Nymphomaniac » est une réflexion philosophique, qui s’apparente à celle de Sade à une autre époque. D’ailleurs, le film est un tout: l’amour et la religion, ici judéo-chrétienne, le rôle de la femme et la revendication féministe du film quant au plaisir, la culpabilité, tous ces thèmes sont mis en scène avec brio. La bande-son, très travaillée, la direction d’acteur, la beauté des plans, tout est au service du propos et l’idéologie assénée par le film est particulièrement forte. Le malentendu est très fort: il n’y a pas le moindre soupçon de provocation de la part du cinéaste.
    Bon, il faut reconnaître que toute la séquence sado-maso m’a moins intéressé, parce qu’à mille lieues de mon propre univers. Pour le reste, la réflexion de Lars von Trier est intéressante, aussi riche que complexe, et mériterait d’être analysée dans le détail. Cerise sur le gâteau, la dernière séquence, la pirouette, est une admirable conclusion à la dissertation.
    Dernier point, il est un peu iconoclaste d’être allé voir ce film le même dimanche, que certaines forces obscurantistes ont choisi pour aller manifester dans la rue leur haine du corps, de la sexualité, de la chair et ces derniers événements, à eux seuls, justifieraient, valideraient et légitimeraient, s’il en était besoin, la réflexion cinématographique de Lars von trier!

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